GILGAMESH

GILGAMESH
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L’épopée de Gilgamesh fut pour les Mésopotamiens ce que furent pour les Grecs L’Iliade et L’Odyssée , mais on ignore comment l’enseignement qu’elle contient était communiqué et quelles couches sociales il atteignait. Il est certain en tout cas que ce récit connut, dès la plus haute antiquité, une diffusion considérable; des fragments en ont été trouvés en Palestine, sur la côte syrienne, en Asie Mineure. Il peut être lu aujourd’hui dans les principales langues du monde.

Formation de l’épopée

Gilgamesh, cinquième roi de la Ire dynastie d’Ourouk, régnait à la fin de la première moitié du IIIe millénaire. Jusque-là, Ourouk était séparé de Koulaba par une importante voie d’eau. Gilgamesh, par d’importants travaux hydrauliques, en détourna les eaux à la périphérie de la ville et construisit autour d’Ourouk et de Koulaba, réunies en une seule cité facile à défendre, un mur de neuf kilomètres et demi flanqué de plus de neuf cents tours semi-circulaires. Ce travail gigantesque, témoin permanent de la grandeur de son constructeur, immortalisa le souverain et permit la cristallisation autour de son nom des traits des civilisateurs de la Mésopotamie.

Les étapes du processus qui fit de Gilgamesh un héros d’épopée sont impossibles à analyser faute de documents. Dès l’époque sumérienne, les poètes ont chanté ses hauts faits: sa lutte contre Agga, un souverain de la ville de Kish, rivale d’Ourouk, contre le monstre Houmbaba, contre le taureau céleste, ses relations avec le monde infernal et sa mort; mais ces poèmes n’étaient pas encore rassemblés en une épopée unifiée; ce n’est qu’à l’époque de la Ire dynastie de Babylone, au début du IIe millénaire, que l’ensemble commença à se constituer.

Le plus complet et le plus achevé des textes de cette épopée a été trouvé à Ninive, dans la bibliothèque d’Assourbanipal (668-627). Il se compose de douze tablettes: 3 600 vers, dont 3 450 ont été conservés, simple copie d’un texte rédigé à Ourouk, probablement par Sîn-leqe-ounn 稜ni.

Le récit

Les événements de l’épopée sont projetés dans un temps lointain, mal défini et hybride, où la civilisation urbaine d’Ourouk, représentée par Gilgamesh, jouxte celle de la cueillette symbolisée par Enkidou. Le héros lui-même atteint les dimensions de ce temps mythico-épique: il est aux deux tiers divin, sans rival dans le combat. Son pouvoir est absolu et tyrannique; il accapare tous les hommes jeunes pour ses travaux et ses luttes et toutes les jeunes femmes pour ses plaisirs.

Le récit commence à propos de cette tyrannie; pour la contrecarrer, les dieux, touchés par les plaintes des Ouroukiens, créent l’antitype de Gilgamesh: Enkidou, au corps entièrement velu, qui ignore tout de la civilisation, vit dans la compagnie des animaux, broute l’herbe et boit avec eux.

Le premier épisode raconte la transformation de cet homme des bois en citadin, la plus importante mutation de l’humanité, projection de l’accession de l’enfant à l’âge adulte. Aussi est-ce une courtisane mandatée par Gilgamesh qui, en initiant Enkidou à la sexualité, détache de lui le monde animal et en fait un civilisé. Enkidou, introduit à Ourouk en rival de Gilgamesh, devient l’inséparable, l’ami et le complément de celui-ci. Ensemble ils se lancent dans l’accomplissement de leur destin d’homme: devenir des surhommes.

Pour réaliser la première partie de ce projet, ils partent en guerre contre Houmbaba, le gardien de la forêt des cèdres. L’adversaire est redoutable; sa clameur est celle des eaux déchaînées, sa bouche crache le feu et son haleine tue. Après bien des péripéties qui occupent les cinq premières tablettes, les deux héros tuent le monstre.

Grisé par sa victoire, Gilgamesh, de retour à Ourouk, s’attaque à Ishtar, la grande déesse de la cité, dont il est rituellement l’époux comme souverain de la principauté. Il se refuse à elle en des termes d’une violence blasphématoire, la traitant de chaussure qui blesse au pied son possesseur. Pour venger Ishtar de l’outrage reçu, un taureau céleste est lancé contre Ourouk; celui-ci transforme les pâtures en désert et dessèche le fleuve en quelques lampées; son souffle ouvre des crevasses qui engloutissent des centaines d’Ouroukiens. Gilgamesh, cependant, parvient à frapper le monstre entre le garrot et les cornes et c’est l’apothéose de l’homme, vainqueur des monstres et d’Ishtar.

Mais, en plein triomphe, Enkidou meurt en maudissant la civilisation, et Gilgamesh, hanté par la mort, part en quête d’une vie sans fin: «Depuis qu’Enkidou n’est plus, je n’ai plus la vie.» Pour découvrir le secret d’immortalité, il se met à la recherche d’Outa-napishtim, le héros rescapé du Déluge, à qui les dieux ont concédé une vie sans fin et qui réside au-delà de la terre des hommes. Celui-ci, au terme du récit du Déluge, lui révèle la décision d’Enlil de concéder l’immortalité à lui-même et à son épouse pour qu’ils deviennent comme des dieux. Une telle faveur lui paraissant difficile à obtenir pour Gilgamesh, il lui suggère de s’entraîner à l’immortalité en restant sans sommeil six jours et sept nuits. Mais à peine Gilgamesh est-il assis que le sommeil, comme un brouillard, s’étend sur lui. Outa-napishtim lui enseigne encore à éloigner la mort en gardant toujours son corps propre et en portant toujours des vêtements neufs. Enfin, apitoyé par sa femme sur le sort du héros, l’immortel révèle à Gilgamesh la Plante-de-vie, dont le nom est «le-vieillard-redevient-jeune», et lui indique comment se la procurer. Gilgamesh s’en empare et décide de la partager avec les Ouroukiens. Mais, sur le chemin du retour, harassé par la route, tandis qu’il se baigne dans une claire fontaine au lieu de se revigorer du suc de la plante qu’il a abandonnée sur la rive, le Serpent s’empare de celle-ci et l’emporte au loin, privant pour toujours Gilgamesh et l’humanité de la plante merveilleuse.

L’épopée de Gilgamesh chante donc et exalte la grandeur de l’homme capable de vaincre les monstres et même parfois les dieux; elle ne fait pas cependant l’apologie de l’irréligion, car Gilgamesh vénère et prie constamment certains dieux, et c’est une faute religieuse qui le prive, lui et l’humanité, de la Plante-de-vie. L’homme est grand, mais les dieux sont maîtres de sa vie.

Gilgamesh
roi légendaire sumérien du IIIe millénaire. Son épopée (où se trouve le premier récit du Déluge) a d'abord été connue par les tablettes de la bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive. Depuis, de nombreux fragments de toutes les époques ont complété ce texte.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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